Adult(R)

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Délicat et percutant. 

Adult (R) – Roman – Delphine de Stoutz – Prix TTC 18,00 € 
Broché ISBN : 979-10-91166-12-6 

Éva a autant d’amants que d’années de mariage, Julianne rêve de polyamour sur son compte Tinder et Marie… Marie ne sait plus ce qu’elle fait, ce qu’elle doit faire, alors elle accomplit les tâches une à une en suivant les lignes du tableau .xls que lui prépare son mari chaque soir. Trois parcours de femmes, trois manières de tenir le cap en évitant la casse, jusqu’à ce jeudi d’avril où l’une d’elles disparaît et emporte avec elle cet équilibre précaire. 

Pour le commander, c’est ici. 

La presse en parle 

« Avant de commencer, je savais donc que je voulais pour ce deuxième livre me concentrer sur quelques joursde la vie d’une ou de plusieurs femmes. De comprendre pourquoi le désir prenait une place de plus en plus importante dans ma vie. J’ai parlé de mon projet à d’autres femmes et elles se sont mises à partager leur histoire. J’ai découvert un monde, celui du paramour féminin, et ai dû remettre en question beaucoup d’idées préconçues. J’ai continué mes recherches en multipliant les témoignages et j’ai écrit ce livre. Parce qu’il y avait un vrai besoin de parole de la part de ses femmes, parce que leur point de vue est important, parce que cela en dit beaucoup sur les femmes en général. « 
Extrait de l’entretien dirigé par Pascal Arvin-Berod, 30 juin 2018, Le Dauphiné

« Avec ce premier roman, Delphine de Stoutz signe un livre définitivement féministe et dresse le portrait assez réaliste de femmes figées dans un modèle de société patriarcale qui tentent d’exister et se réapproprier leurs vies. Un portrait néanmoins assez négatif puis qu’aucun des trois personnages féminins ne parvient à ses fins et, finalement, ce sont les hommes qui s’en sortent le mieux ! »
extrait de la Chronique de Julie Vasa pour l’Apostrophée.

Dédicaces passées et à venir 

le 22 juin 2018 à 20h au RaumB, librairie francophone à Berlin (Modération: Laetitia Oxoby)

le 26 juin 2018 à 20h30 au Buchbox, librairie généraliste allemande à Berlin (Moderation: Elizabeth Grenier)

Le 13 juillet 2018 à partir de 16h à la Librairie Birmann à Thonon-les-bains (dédicaces)

Le 16 juillet 2018 à partir de 17h à la Villa Capitan à Thonon-les-bains (Lecture)

Le 17 juillet 2018 à partir de 18h au LaboM©3 à Thonon-les-bains (Lecture)

Le 8 novembre 2018 à partir de 18h à la Librairie le Rameau d’Or à Genève (Modération: Julie Vasa)

Les 17 et 18 novembre au festival « Les idées mènent le monde » à Pau (dédicaces salon) 

 

Marie

– Est-ce suffisant ?
Qu’il s’agisse du nombre d’œufs, de quantité de pain, de grammes de viande, d’amour, cette question conditionne chaque aspect de la vie de Marie. Dès 6 heures du matin, tandis qu’elle tartine les sandwichs pour l’école, qu’elle compte et recompte les boîtes en plastique, qu’elle vérifie leur contenu en fonction des goûts et des allergies de chacun, elle sent la panique monter, celle quotidienne qui ne la quittera que quand toute la maison sera endormie et qu’elle arrivera pour quelques heures à faire comme s’ils n’existaient pas. Elle n’a que trois enfants, mais pour elle ce pourrait tout autant être huit. Avec le premier, elle était déjà débordée. Avait-elle suffisamment de lait pour l’allaiter ? De force pour le porter ? De patiente pour l’endormir ? Ces considérations infantiles ont rapidement été remplacées par une angoisse permanente quant à la quantité de nourriture nécessaire pour rassasier cinq personnes, l’utilité du repassage devant les montagnes de linges, les critères d’hygiène en deçà desquels elle ne peut se résoudre à laisser l’appartement, la nécessité des rendez-vous chez le dentiste, l’ophtalmo, l’allergologue, le kiné, le logopède. Des dizaines de feuilles éparses recouvrent les murs et les meubles de la maisonnée. Son mari a mis au point ce système pour l’aider. Elle n’a qu’à suivre les tableaux .xls pour savoir ce qu’elle doit faire à chaque moment de la journée. Derrière ces feuilles A4, elle dissimule des notes sur les membres de sa famille. Elle ne l’avouera à personne, mais elle confond parfois ses enfants. Est-ce Arthur ou Anton qui aime les raviolis ? Le lait sans lactose est pour Anna ou pour son mari ? Elle ne sait plus, ne s’y retrouve plus au milieu de leurs exigences, de leurs goûts, de leurs cheveux châtains et de leurs prénoms en A. Il y a aussi quelques post its. Elle ne saurait dire si c’est elle ou son conjoint qui les a écrits. Le téléphone n’a en effet rien à faire dans le lave-vaisselle ni les clefs dans le frigo, il vaut mieux fermer la porte d’entrée quand elle quitte l’appartement, éteindre le gaz quand plus rien ne cuit. Son médecin lui répète que c’est dû à la fatigue. Peut-être.

Depuis une dizaine de minutes, Marie regarde fixement le tableau du jeudi. Quatre pages, quatre-vingt-six lignes de tâches à accomplir avant d’avoir le droit de penser à elle. Elle cherche à l’intérieur de ces mots sans affects le moment où elle pourra se laver les cheveux, parler à un ami, lire le journal. Rien. Cette journée s’annonce sinistre. Chaque jour, elle ajoute à la liste du lendemain ce qu’elle n’a pas pu faire la veille et invariablement quand arrive le jeudi, l’ampleur de la catastrophe lui saute aux yeux. Il faudra qu’elle soit habile. Pas de douche, un peu d’eau sur son visage suffira. Elle enfile en vitesse les habits de la veille, gratte la tâche sur son pull, ne change que sa culotte, remplit la deuxième fournée de lessive de la journée, cache le reste du tas dans le placard sous l’évier, jette les bouteilles consignées dans la poubelle, ne fait pas le tri dans le reste des déchets, prend son panier et part faire les courses. Elle n’a pas sa liste. N’a pas pu faire de liste. N’a aucune idée de ce qui manque, ce qu’il faut, de ce qui fait que le quotidien fonctionne. Elle décide d’improviser même si cela n’est pas son fort et se termine toujours par un regard réprobateur de son époux et ses enfants. Son premier acte de révolte concerne le choix du supermarché. Elle n’a pas le temps de conduire jusqu’à la coopérative alimentaire écologique. Elle n’a pas de voiture. Son mari pense qu’elle n’en a pas besoin. Elle a du temps. Aujourd’hui, elle refuse de devoir prendre deux bus et de tirer sur des centaines de mètres des sacs remplis de trois sortes de lait, de bouteilles d’eau en verre et de tous ces aliments indispensables au bien-être des siens. Non, aujourd’hui elle se rendra dans le supermarché discount à 150 mètres de chez elle. Si elle enlève les étiquettes, ils ne se rendront compte de rien. Hier, elle leur a fait des pâtes, ou bien était-ce des croque-monsieur ? Elle ne sait plus, ne parvient plus à tenir les comptes. Elle a la vague impression qu’ils n’ont pas mangé de légumes depuis un moment. Ça la fait rire de penser que ceux qu’ils ingurgiteront ce soir auront poussé dans des hangars sans soleil au fin fond de l’Espagne. Les petites vengeances sont importantes. Elles permettent de tenir. Devant le rayon du vin, elle hésite, mais son mari ne veut plus qu’elle boive. Elle aime un peu trop ça, il lui a dit. D’ailleurs maintenant qu’elle y réfléchit, ce n’est pas la seule chose qu’elle aimait un peu trop qu’il ait ôtée de sa vie. Lui par exemple. Elle en était folle, littéralement cinglée. Elle avait tout quitté pour lui, sa carrière, son pays, ses amis. Mais « parce qu’elle avait trop d’amour à donner pour une seule personne », c’était ses mots à lui, « il fallait qu’elle ait des enfants à aimer ». Elle avait pris ça pour une déclaration d’amour, la confirmation qu’il voulait passer sa vie avec elle, l’épouser, mourir avec. Quelle conne ! Il voulait juste une génitrice pour perpétuer la race. Et sans s’en rendre compte, elle était tombée enceinte, trois fois en trois ans. Il avait choisi des prénoms commençant par la lettre A, comme le sien, et Marie confondait ses enfants.

 

 

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