Introduction du manuel à l’usage des auteur(e)s

Votre livre n’a jamais tort. C’est le lecteur qui est décérébré s’il n’apprécie pas les ruptures sémantiques, les anacoluthes et autres figures de style dont vous venez d’apprendre le nom et qui à votre avis justifient l’illisibilité post-moderne de l’ensemble.

ecrivain-clavierQuand sait-on qu’on se met vraiment à écrire ? 

Si on m’avait dit qu’en 18 mois j’écrirais trois romans, en publierais un à compte d’éditeur et m’attaquerais au quatrième, j’aurais certainement sorti une boutade comme :

Et dans ton plan de carrière, je dors quand ?

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J’aurai préféré que nous fassions obscurité ensemble

Hier soir, dans ma boîte aux lettres un oiseau s’est glissé pour me parler d’amour…IMG_7953

C’était la jolie voix un peu rauque aux accents mouillés de l’Est de la France de Claire, mon amie. Petite cachotière. Tandis qu’elle bravait le FN dans son fief d’Hénin-Beaumont et qu’elle donnait corps aux mots du petit Hanush qui attendait son train dans le ghetto de Theresienstadt, quand la nuit était tombée, elle laissait épancher son cœur et écrivait un long poème à l’être aimé, « J’aurai préféré que nous fassions obscurité ensemble ». Et comme elle « ne sait pas parler à la poussière », elle fait de la mort l’essence même du vivant. Tour à tour femme-oiseau, garde-manger, fiancée éternelle, tricheuse émérite, sablier, encre pour la plume, absente, main, forêt, les poèmes s’allongent ou tentent de disparaître au fur et à mesure du temps qui passe du vivre à deux au vivre seul. Continuer à lire … « J’aurai préféré que nous fassions obscurité ensemble »

La voix de l’auteur(e)

Un petit théâtre perché au premier étage d’une ancienne usine réhabilitée en centre

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culturel. Les gens s’amassent devant le bar associatif, soufflant sur leurs doigts gelés par l’hiver précoce. Pendant ce temps, assise dans le coin gauche des gradins, à côté de la porte d’entrée, j’attends mon tour, paniquée. Ce samedi, j’ai eu le plaisir de lire pour la première fois quelques pages de ma prose. Comme arbitrairement Adult(R) figurait dans le programme, ce sont des extraits de ce livre que j’ai donné à entendre lors d’une scène ouverte organisée par La Ménagerie, l’association du théâtre francophone berlinois. La programmation est variée : stand up, masque, conte musical, chanson française. Et au milieu, un peu de littérature. La salle est pleine de gens faisant la moitié de mon âge, ce qui n’est pas pour me détendre. Continuer à lire … « La voix de l’auteur(e) »

#balancetonporc ?

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#balancetonporc #metoo, tout d’abord j’ai pas compris. Et puis, ah oui c’est à cause de ce fameux Weinstein ! Ce fameux, en effet. Célébrité pour un cercle fermé devenue en 1 clique un nom commun, un adjectif et pourquoi pas un verbe : « Arrête de faire ton Weinstein, toi aussi tu as été weinsteinisé, etc. ». Ça, c’était avant que le rayon boucherie s’en mêle. « Balance ton porc » ? J’ai bien lu ? Par souci d’équité, j’ai cherché « balance ta truie », mais ça, j’ai pas trouvé. Et puis, ont déferlé sur ma page les « me too » provenant d’un grand nombre d’amies. C’est plus discret « moi aussi », on hésite, on se dit « et moi ? Est-ce que cela m’est arrivé ? » Alors on remonte en arrière et on réalise que dès la maternelle ça a commencé. Devoir lever sa jupe devant les garçons, voir son joli nom transformé en « belle pine, deux j’touche trois j’tripote » (il faut savoir qu’à l’époque je n’avais encore jamais embrassé un garçon), et puis les études à Lyon où je serai amenée après 15 jours à devoir jeter toutes mes jupes pour ne plus avoir à entendre des réflexions mâles/mal placées, les mains aux fesses des clients dans les restaurants où on bosse l’été, la liste est encore longue. Je m’arrête là. Et je n’écrirai pas « balancetonporc » ou « metoo ».

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Mon kindle et moi

Coming out numérique

Nous avons emménagé ensemble il y a quatre ans. C’est l’Homme qui l’a invité chez nous. Pour dire la vérité, quand j’ai ouvert le paquet, mon kindle, je t’ai détesté et étais furieuse contre l’Homme qui me faisait l’affront de croire qu’entre nous cela pourrait marcher.

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Trente ans que je me casse le dos à porter à bout de bras mes bibliothèques en Amérique, en Suisse, en Allemagne. Une telle abnégation ce n’est pas pour du jour au lendemain dire: et toi, petite chose électronique, moche de surcroît, vient prendre la place de ces milliers de livres qui m’ont toujours rassurée.

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#FBM 17 – le retour

IMG_7881 (1)Ouf ! C’est fait. Comme disait l’autre « mais qu’allait-elle donc faire dans cette galère ! » Car les jours pros comme les journées portes ouvertes sont une jungle où il faut s’armer de calme et de renoncement.

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Mes seules expériences de foire remontent à plus de trente ans quand nous rendions visite à mon père sur son stand au salon de l’agriculture. La Buchmesse, c’est autre chose. Assurément. Six fois plus gros que le salon de l’agriculture (pour ceux qui connaissent, faut donner des repères, c’est important…), le rapport est démesuré (note pour plus tard : comparer les budgets de l’agriculture et de la culture…). Tandis que les auteurs bankable enchaînent les entretiens, tables rondes, conférences, happening et autre signature de manifeste, les éditeurs cantonnés dans une autre halle (ni trop loin ni trop près…) enchaînent les rendez-vous avec les agents littéraires venus des quatre coins du monde. En errant dans les allées, on glanera des bouts de discussion qui feraient bondir ces fameux auteurs qui perdent leur voix/e à l’autre bout des halles 1, 3 et 4. Continuer à lire … « #FBM 17 – le retour »

#Frankfurter Buchmesse 2017

frankfurt1Je pars demain pour Francfort avec non pas ma bite et mon couteau, mais avec mon sourire et un stylo. Mais qu’allez-vous faire là-bas ma bonne dame, me direz-vous ? À vrai dire, je n’en sais encore rien. Peut-être pour quitter le temps d’une foire mon isolement berlinois et profiter de ce que la France est l’invité d’honneur pour réseauter un peu. On m’a prévenue : « tu sais Francfort, c’est pour négocier les droits étrangers, tu vas perdre ton temps ». Don’t act. J’y vais quand même. Consciemment, je me dis que je n’aurais pas souvent la chance de croiser ce qui fait le milieu de l’édition française dans mon environnement particulier, c’est-à-dire l’Allemagne. Alors, zou ! Si je ne me jette pas à l’eau, personne ne le fera pour moi.

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Réflexion sur une mère et ses enfants perdus dans les langues…

MargotJe suis maman. De deux enfants. Qui parlent allemand. Nous vivons à Berlin, le papa est d’ici et naturellement c’est à cette langue que les enfants se sont accrochés dès leurs balbutiements. Cette langue je l’ai apprise ici, en vivant ici, en aimant cet homme-là, en devenant maman. Et depuis huit ans, je parle à des enfants en français qui me répondent dans leur langue à elles. Évidemment cela crée de la distance ou ce fameux Befremdung, intraduisible dans la langue de Molière. À côté, donc, du langage et de la maternité.

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MURAMBI, LE LIVRE DES OSSEMENTS

 

livre_l_572001MURAMBI, LE LIVRE DES OSSEMENTS

De Boubacar Boris Diop

Éditions Zulma, 2011, 272 pages

ISBN 978-2-84304-550-9

Les morts de Murambi font des rêves, eux aussi, que leur plus ardent désir est la résurrection des vivants.

 

Je venais de terminer L’Autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichi et tentais d’exprimer à une amie à quel point ce livre m’avait percuté quand elle me dit : « Maintenant, il serait temps que tu passes aux choses sérieuses » et me recommanda la lecture du Livre des ossements. En riant, elle glissa « Toni Morrison dit de ce livre que c’est un miracle ». Ma lecture du Chant de Salomon datant de quelques jours, elle ne pouvait mieux dire pour que je commande dans l’instant ce livre sur ma liseuse.

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VORLESEN ou l’art d’écouter

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« Livre Paris » touche à sa fin, « die Leipziger Buchmesse » bat son plein et qu’est-ce qu’on fait à Berlin ? On s’agglutine dans des salles de concert mythiques pour entendre des poètes, ces « klein Künslter » comme on les appelle ici, une bière vissée à l’avant-bras, serrés comme des sardines sur des bancs en bois.

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